Bernard le Trévisan : La Parole Délaissée

 

Le Trévisan 

Le Trévisan voyageait à travers le monde ,en allant de couvent en couvent .Il est intéressant de constater  que le premier couvent visité fut un couvent cistercien .Ce n’est pas anodin ! .Joachim de Flore ,le prophète de l’esprit qui inspira tant Arnaud de Villeneuve ou l’auteur de « l’aurora consurgens » était cistercien  

Comme eux ;dans « la parole délaissée »Le Trévisan  nous parle donc du corps de l’âme et de l’esprit

 

La parole delaissée 

 

Le roi et la reine , le corps et l’âme  doivent se transformer pour  devenir un unique corps  spirituel

Mais cette spiritualité doit rester secrète

 

J’en confie le Secret à toute Ame sacrée, sous peine de périr, si elle le révèle aux Méchants. C’est pourquoi les Philosophes ont appelé ce Secret
la Parole délaissée, de peur que les indignes n’en eussent connaissance. 

Il faut donc que tu saches que
la Pierre Philosophale est divisée en trois Degrés, savoir :
la Pierre Végétale,
la Minérale et l’Animale ou qui a Ame et Vie
 

  

PREMIER DEGRE l’union du corps et de l’âme ,du roi et de la reine, du soleil et de la lune

 

Dans le premier degré de
la Pierre Physique, nous devons l’air à notre Mercure Végétal 

 Et comme ce mercure est véritablement de Nature fixe, subtile et nette, il s’unit avec les Corps, y adhère, et se joint dans leur profond, moyennant sa chaleur et son humidité

Mais parce qu’il est en partie volatil, il sert aussi de moyen pour mêler les Esprits volatils, et pour adhérer à se joindre à
la Substance fixe des Corps
. Nous allons toucher la triple cause de sa nécessité

La conjonction 

La première, comme nous avons à joindre les deux Semences, à savoir du Mâle et de
la Femelle, il faut que l’un soit mêlé avec l’autre par un naturel amour, en sorte que ce qu’il y a de plus dans l’un soit attiré par le plus de l’autre, et par conséquent que l’un soit mêlé avec l’autre, et qu’ils soient conjoints ensemble. (voir le rosaire des philosophes) 

De cette conjonction surgit l’esprit 

Cette Vertu est en partie de Nature spirituelle, il est un véritable Esprit, dépuré et purifié de toute féculence ou résidence terrestre 

 Esprit, dis-je, véritable et fixe, et en partie volatil : Car il contient
la Nature de l’un et de l’autre
 

Cet esprit est feu 

On doit premièrement enclore le Feu dans
la Matière volatile et fixe, en chauffant et coagulant. 

Raimond Lulle dit à ce sujet : Nous espérons en notre Seigneur que notre Mercure sera sublimé à plus grandes Choses, avec addition de la chose qui le teint et son âme sera exaltée en gloire. 

 

Le corps de gloire ou corps spirituel   

Trévisan est  transporté de bonheur en décrivant ce fameux corps spirituel habité par l’esprit

 

Je te dis donc, appelant Dieu à témoin de cette Vérité, que ce Mercure ayant été sublimé, il a paru vêtu d’une aussi grande blancheur, que celle de la neige des hautes Montagnes, sous une très subtile et cristalline splendeur, de laquelle il sortait, à l’ouverture du Vaisseau, une si douce odeur qu’il ne s’en trouve point de semblable dans ce Monde 

 Et moi, qui te parles, je sais que cette merveilleuse blancheur a paru devant mes propres yeux; que j’ai touché de mes mains cette subtile cristallinité, et que j’ai par mon odorat senti cette merveilleuse douceur, de laquelle je pleurai de joie, étant étonné d’une chose si admirable. Et pour cela, béni soit le Dieu éternel, haut et glorieux qui a mis tant de merveilleux Dons dans les secrets de
la Nature, qui a bien voulu les montrer à quelques Hommes. 

Je sais que quand tu connaîtras les Causes de cette Disposition, tu te demanderas 

: Qu’elle est donc cette Nature, qui étant donnée d’une Chose corrompue, 

tient néanmoins en elle une Chose toute Céleste

Personne ne peut raconter tant de merveilles. 

 Toutefois un temps viendra peut-être que je te raconterai plusieurs choses spéciales de cette Nature, desquelles je n’ai pas encore obtenu du Seigneur la permission de t’instruire par écrit. 

Quoi qu’il en soit quand tu auras sublimé ce Mercure, prends le tout frais et tout récent avec son Sang, de peur qu’il ne s’envieillisse, et le présente à ses Parents, à savoir au Soleil et à
la Lune, afin que ces trois Choses, Soleil, Lune et Mercure, notre Compôt soit fait, et que commence le deuxième Degré de notre Pierre, lequel se nomme Minéral. 

  

DEUXIEME DEGRE

 

Il ne faut pas que dans notre Sublimation,
la Chose sublimée demeure à la hauteur du Vaisseau, Ce qui est sublimé demeure seulement un peu élevé sur les fèces du Vaisseau; car la plus subtile et la plus pure Partie nage toujours sur ces fèces, et se joint aux côtés du Vaisseau, ce qui est impur demeurant naturellement au fond, parce que
la Nature, par cette évacuation, désire être restituée en mieux, en perdant de mauvaises et d’impures parties pour en recouvrir de plus pures et de meilleures

La conjonction .

 C’est pourquoi tu dois savoir que
la Conjonction de ces deux Corps est le terme naturel  de
la Transmutation en la première Matière de régénération; 

 Le corps et l’âme purifiée sont unis par le mercure ou l’esprit

 Ces Deux deviennent Un par conversion, 

Ils sont joints  par l’intermédiaire de l’ Un, à savoir par notre Mercure, qui est l’Anneau du souverain Lien ; Aussi est-il appelé
La Fille de Platon, qui conjoint les Corps assemblés par amour
 

L’airain :L’union des 3 

Tout ce Compôt est une mixtion ou mélange dont le prix est d’une valeur inestimable; 

 Car il est notre Airain, dont il est dit dans
la Tourbe : Sachez tous que nulle vraie Teinture n’est faite que de cet Airain qui se fait seulement des trois Choses, : Et alors commence la seconde partie de notre très-noble Pierre, et
la Pierre du Second Degré qui est appelée Minérale
 

La mort est résurrection 

Il faut remarquer ici que
la Pierre ou le Mercure, qui, par la première Opération, était né si clair et si resplendissant, est par cette seconde Opération mortifié, noirci, et devient difforme avec tout le Compôt, afin qu’il puisse ressusciter victorieux, plus clair, plus pur et plus fort qu’il n’était auparavant. Car cette mortification est la revivification parce qu’en le mortifiant il se revivifie et en se revivifiant il se mortifie. 

Ces deux Opérations sont tellement enchaînées l’une avec l’autre, que l’une ne peut être sans l’autre, comme l’enseignent tous les Philosophes ; car
la Génération de l’un est
la Corruption de l’autre.

 

 Comme un Oeuf est composé de trois choses, savoir, de la coque, du blanc et du jaune; de même notre physique est composé de Corps, d’Ame, d’Esprit, quoiqu’à la vérité notre Pierre soit une même chose, selon le corps, selon l’Âme et selon l’Esprit 

Ainsi c’est une Trinité en Unité, et une Unité en Trinité; parce que là, sont Corps, Ame et Esprit; là aussi sont Soufre, Mercure et Arsenic :  

Il ne s’agit donc pas de chimie en laboratoire 

Toutefois ce Soufre, cet Arsenic et ce Mercure ne sont pas ceux que pense le Vulgaire; car ce ne sont pas ces Esprits venimeux que les Apothicaires vendent ; mais ce sont les Esprits des Philosophes qui doivent donner notre Médecine ; au lieu que les autres Esprits ne peuvent rien pour la perfection des Métaux. 

C’est donc en vain que travaillent les Sophistes, qui font leur Elixir de tels Esprits venimeux et pleins de corruption. Car certainement la vérité de la souveraine subtilité de Nature, n’est en nulle autre chose, que dans ces trois Choses à savoir Soufre, Arsenic et Mercure Philosophique dans lesquels seulement est la réparation et la totale perfection des Corps, qui doivent être purgés et purifiés.  

La nourriture .

Notre  Pierre doit être nourrie de sa graisse, dit Aristote, et de sa propre nature et substance. Mais quelle est cette graisse ? Les Philosophes l’ont totalement celée, comme étant le Secret qu’ils ont juré de ne jamais révéler ni manifester à, aucun, et ils ont remis à Dieu seul ce Secret pour le révéler à qui il lui plaira. 

Cette humidité grasse, donnant vie est appelée par quelques Philosophes, Eau Mercurielle, Eau permanente, , Eau divine, 

Elle est
la Clef et le Fondement de toute l’œuvre 

  

De cette Eau mercurielle et permanente, il est dit dans
la Tourbe, qu’il faut que le Corps soit occupé par la flamme du feu afin qu’il soit dérompu, dépecé et débilité ; à savoir avec cette eau pleine de feu, dans laquelle le Corps est lavé jusqu’à ce que tout soit fait Eau, …C’est dans cette Eau qu’elle se parfait, parce que l’Humidité, qui la vivifie, est en elle, comme étant sa vie et sa résurrection. 

Au sujet de cette Eau très secrète, il est dit dans
la Tourbe : l’Eau, par elle seule fait tout : car elle dissout tout ; elle congèle tout ce qui est congelable, elle dépèce et dérompt tout sans aide d’autrui ; en elle est la chose qui teint et qui est teinte : Bref notre Oeuvre n’est autre chose que vapeur et eau, 

Alphidius a nommé cette Eau mesure des Sages, et Urine des Jeunes Colériques. Pour ne pas faire connaître cette Eau, les Philosophes l’ont cachée sous différents noms et elle n’est connue que de très peu de gens. 

  

Serais ce l’eau du baptême ? et le vaisseau serait il le baptistère ?   

Cette Eau qui triomphe de tout, est nommée céleste, glorieuse, dernier et final Secret pour nourrir notre honorable Pierre, sans laquelle Eau n’est jamais amendée, nourrie, accrue, ni multipliée; et pour cela les Philosophes ont celé la manière de faire cette Eau comme
la Clef de leur Magistère. 

Donc cette Eau Mercurielle n’est autre chose que l’Esprit des Corps converti en nature de Quintessence, 

le Vaisseau (qui contient cette eau) est appelé Mère et Nourrice, parce qu’il donne une vertu naturelle   

Ce Vaisseau naturel, dans lequel les Esprits sont transmués de nature en nature, et plus ils fuient, plus ils s’altèrent dans ce Vaisseau et s’éloignent de leur corruption et imperfection, jusqu’à ce qu’ils parviennent à l’accomplissement de Quintessence : ce qui fait qu’ils prennent, ou vêtent une nouvelle nature, qui est nette, blanche, pure, dénuée de toute corrosivité et superfluité terrestre, adurante ou brûlante, et flegmatique évaporable. 

Après quoi la chose morte ressuscite avec
la Sublimation joyeuse d’enfantement, Mais il  convient de  nourrir l’enfant  d’un petit lait gras, à savoir de son Humidité vivifiante, de laquelle en partie il a été engendré et qui est notre Eau permanente, Lait de Vierge, ou Eau de vie qui ne vient point de la vigne, et néanmoins elle est dite Eau de vie, parce qu’elle vivifie notre Pierre et la fait ressusciter. 

Après donc que notre Compôt est fait, on doit le mettre dans son vaisseau secret, cuire à feu très lent, ou sec, ou humide, et lui faire boire de notre Eau permanente, 

L’eau est aussi la parole délaissée  qu’il faut réchauffer et digerer par l’oraison

Raimond Lulle dit qu’il  est commandé d’abreuver notre Pierre avec cette Humidité permanente qui rend claires ses parties et sans cette Humidité, jamais notre Pierre n’est amendée, nourrie, augmentée, ni multipliée. Il faut remarquer que durant sa digestion, notre Pierre prend alternativement toutes sortes de Couleurs. Néanmoins, il n’y en a que trois principales dont on doit avoir grand soin, sans se mettre en peine des autres;
la Couleur noire qui est la première,
la Clef et le commencement de l’Oeuvre;
la Couleur blanche qui est la seconde; et
la Couleur rouge qui est la troisième. C’est pourquoi il est dit que
la Chose dont la tête est rouge, les pieds blancs et les yeux noirs est tout le Magistère.
 

La purification : L’œuvre de noircir   

Observez donc que quand notre Compôt commence à être abreuvé de notre Eau permanente, alors il est entièrement tourné en manière de Poix fondue, et devenu noir comme charbon ;Durant cette  Opération, on voit comme une nuée noire volant par la moyenne Région du Vaisseau au fond duquel demeure
la Matière fondue en manière de Poix qui se dissout totalement. En parlant de cette nuée, Jacques du Bourg Saint Saturnin s’écrit : 

O bénite nuée qui t’envole par notre Vaisseau ! 

C’est là l’Eclipse du Soleil, dont parle Raimond Lulle. 

Quand cette masse est ainsi noircie elle est dite morte et privée de sa Forme : 

Cette Masse ainsi noire ou noircie est
la Clef, le commencement, et le signe d’une parfaite manière d’opérer au second Régime de notre Pierre précieuse. 

Donc cette Noirceur montre la vraie manière d’opérer, car
la Masse étant rendue difforme, et corrompue de vraie corruption naturelle, il s’ensuit de cette Corruption une Génération de nouvelle disposition réelle en cette Matière; à savoir, acquisition d’une nouvelle Forme, lucide, claire, pure, resplendissante et d’une odeur suave et douce.
 

L’œuvre de blanchir 

L’oeuvre de noircir étant accomplie, il faut en venir à l’oeuvre de blanchir qui est une des Roses de ce Rosier physique, laquelle est désirée de plusieurs, requise et attendue. Toutefois, comme nous avons déjà dit, avant que la parfaite blancheur apparaisse, toutes les Couleurs qu’on saurait imaginer, sont vues et aperçues dans l’Oeuvre, desquelles on ne doit point s’embarrasser, excepté seulement de
la Blanche qu’on doit attendre avec une patience constante 

  

Par cette Opération le Corps est dépecé, détruit et gouverné soigneusement jusqu’à ce que son Âme subtile étant extraite de son épaisseur, se soit tournée en Esprit impalpable. Alors le Corps est tourné en non Corps; Souvenez-vous que tout ce Corps est dissous par l’Esprit aigu et qu’il se fait spirituel en se mêlant avec lui 

    

TROISIEME DEGRE


La Pierre est alors vivifiée de son Esprit vivifiant, En quoi est accomplie
la Rose blanche, céleste, suave et si chérie des Philosophes

O Nature Céleste! 

comment tournes-tu nos Corps en Esprit. 

O quelle merveilleuse et puissante Nature ! 

Elle est par dessus tout, elle surmonte tout, 

Ll’Or est véritable Esprit, ainsi que l’Argent. 

 Sans elle ni Noirceur, ni Blancheur, ni Rougeur ne peuvent jamais être faites en notre Oeuvre; Donc, quand cette Nature est jointe au Corps, elle le tourne en Espri. 

 

Hermès nomme cette Nature Céleste Eau des Eaux ; et Alphidius l’appelle Eau des Philosophes Indiens, Babyloniens et Egyptiens. Sans cette Eau, par laquelle les Corps sont faits Esprits et réduits à leur première Nature ou Matière notre Pierre n’est jamais amendée,
la Blanche sans l’Eau blanche et
la Rouge sans l’Eau rouge. 

Je vous commande de ne mettre pas toute l’Eau ensemble, mais peu à peu et cuisez doucement jusqu’à ce que l’Oeuvre soit accompli. 

On voit par là que
la Pierre demeure rouge de vraie rougeur, lumineuse, claire et vive, fondante comme Cire, par la teinture de laquelle l’Argent-vif vulgaire et tous Métaux imparfaits peuvent être teints et parfaits en très vrai et très bon Or beaucoup meilleur que celui des Mines. En quoi est accomplie cette précieuse Pierre surmontant toute Pierre précieuse
laquelle est un trésor infini à la gloire de Dieu qui vit et règne éternellement. 

Laisser un commentaire