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Fratelli Tutti : Encyclique du pape François ; Les conflits ( chapitre 7)

19 octobre, 2020

Des PARCOURS pour se  Retrouver après un conflit

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Repartir de la vérité

226. Se retrouver ne signifie pas retourner à un moment antérieur aux conflits.. Ceux qui se sont durement affrontés doivent dialoguer à partir de la vérité, claire et nue.

Ce n’est qu’à partir de la vérité historique des faits qu’ils pourront faire l’effort, persévérant et prolongé

 Les  évêques du Congo ont dit  « des accords de paix sur le papier ne suffiront pas. Il faudra aller plus loin, en intégrant l’exigence de vérité sur les origines de cette crise récurrente. Le peuple a le droit de savoir ce qui s’est passé ».

 

227. La vérité ne doit pas,  conduire à la vengeance, mais à la réconciliation et au pardon.

 La vérité, c’est dire aux familles déchirées par la douleur ce qui est arrivé à leurs parents disparus.

 La vérité, c’est avouer ce qui s’est passé avec les plus jeunes enrôlés par les acteurs violents. La vérité, c’est reconnaître la souffrance des femmes victimes de violence et d’abus. […]

Chaque violence commise contre un être humain est une blessure dans la chair de l’humanité ; chaque mort violente nous diminue en tant que personnes. […]

Architecture et artisanat de la paix

L’autre ne doit jamais être enfermé dans ce qu’il a pu dire ou faire, mais il doit être considéré selon la promesse qu’il porte en lui », promesse qui laisse toujours une lueur d’espérance.

 

229. les évêques sud-africains, ont dit « la vraie réconciliation s’obtient en créant une nouvelle société fondée sur le service des autres plus que sur le désir de domination,..

Les évêques de la Corée du Sud ont dit : »une véritable paix  ne peut être obtenue que si nous luttons pour la justice à travers le dialogue,

 

Une famille

230. Le difficile effort de dépasser ce qui nous divise sans perdre l’identité personnelle suppose qu’un sentiment fondamental d’appartenance demeure vivant en chacun. En effet, « notre société gagne quand chaque personne, chaque groupe social, se sent vraiment à la maison.

 Dans une famille, les parents, les grands-parents, les enfants sont de la maison ; personne n’est exclu. Si l’un d’eux a une difficulté, même grave, bien qu’il l’ait cherchée, les autres vont à son secours, le soutiennent ; sa douleur est partagée par tous. […] Dans les familles, tous contribuent au projet commun, tous travaillent pour le bien commun, mais sans annihiler chaque membre ; au contraire, ils le soutiennent, ils le promeuvent.

 Ils se querellent, mais il y a quelque chose qui ne change pas :ce lien familial. Les querelles de famille donnent lieu par la suite à des réconciliations. Les joies et les peines de chacun sont assumées par tous. Ça oui c’est être famille ! Si nous pouvions réussir à voir l’adversaire politique ou le voisin de maison du même œil que nos enfants, nos épouses, époux, nos pères ou nos mères, que ce serait bien ! Aimons-nous notre société ou bien continue-t-elle d’être quelque chose de lointain, quelque chose d’anonyme, qui ne nous implique pas, que nous ne portons en nous, qui ne nous engage pas ? ».

  chaque être humain peut être un ferment efficace par son mode de vie quotidien.

Les grandes transformations ne sont pas produites dans des bureaux ou dans des cabinets. Par conséquent, « chacun joue un rôle fondamental, dans un unique projet innovant, pour écrire une nouvelle page de l’histoire, une page remplie d’espérance, remplie de paix, remplie de réconciliation » 

Il y a une architecture” de la paix où interviennent les diverses institutions de la société, chacune selon sa compétence, mais il y a aussi un “artisanat de la paix qui nous concerne tous.

 Il ne faut pas ignorer les cheminements des gens.

 On n’y arrive pas avec l’élaboration de cadres juridiques et d’arrangements institutionnels entre groupes politiques ou économiques de bonne volonté. […]

 Les manifestations publiques violentes, n’aident pas à trouver d’issues. Surtout  comme l’ont bien souligné les évêques de Colombie, lorsque sont encouragées « des mobilisations citoyennes, leurs origines et leurs objectifs n’apparaissent pas toujours clairement ; il y a des genres de manipulations politiques et on a observé des appropriations en faveur d’intérêts particuliers ».

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Les derniers

234. Souvent, les derniers de la société ont été offensés par des généralisations injustes. Si parfois les plus pauvres et les exclus réagissent par des actes qui paraissent antisociaux, il est important de comprendre que ces réactions sont très souvent liées à une histoire de mépris et de manque d’inclusion sociale.

 Les évêques latino-américains, ont dit  « ce n’est que la proximité avec les pauvres  qui nous permet d’apprécier profondément leurs valeurs actuelles, leurs légitimes désirs et leur manière propre de vivre la foi

 

La valeur et le sens du PARDON

236. Les uns  soutiennent qu’accorder de la place au pardon, c’est renoncer à sa propre place pour laisser d’autres dominer la situation.

 . D’autres croient que la réconciliation est l’affaire des faibles qui ne sont pas capables d’un dialogue de fond et qui choisissent donc de fuir les difficultés en dissimulant les injustices. Incapables d’affronter les problèmes, ils font l’option d’une paix apparente.

 

Le conflit inévitable

238. Jésus-Christ n’a jamais invité à fomenter la violence ou l’intolérance.

……….Pardonnez soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 22),

240.,mais  nous nous trouvons face à une affirmation de Jésus-Christ qui nous surprend : « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ;… Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère … (Mt 10, 34-36).

 cette affirmation n’invite pas à rechercher les conflits, mais simplement à supporter le conflit inéluctable    l’Église « n’entend pas condamner tout conflit social sous quelque forme que ce soit : l’Église sait bien que les conflits d’intérêts entre divers groupes sociaux surgissent inévitablement dans l’histoire et que le chrétien doit souvent prendre position à leur sujet avec décision et cohérence ».

Les luttes légitimes et le pardon

241. Il ne s’agit pas de proposer un pardon en renonçant à ses droits devant un puissant corrompu, devant un criminel ou devant quelqu’un qui dégrade notre dignité. Nous sommes appelés à aimer tout le monde, sans exception. Mais aimer un oppresseur, ce n’est pas accepter qu’il continue d’asservir, ce n’est pas non plus lui faire penser que ce qu’il fait est admissible.

. Si un malfaiteur m’a fait du tort, à moi ou à un être cher, personne ne m’interdit d’exiger justice et de veiller à ce que cette personne – ou toute autre – ne me nuise de nouveau ou ne fasse le même tort à d’autres. Il faut le faire, et le pardon non seulement n’annule pas cette nécessité, mais l’exige.

242. L’essentiel, c’est de ne pas le faire pour nourrir une colère qui nuit à notre âme et à l’âme de notre peuple, ou par un besoin pathologique de détruire l’autre qui déclenche une course à la vengeance. Personne n’obtient la paix intérieure ni ne se réconcilie avec la vie de cette manière

On ne gagne rien ainsi, et, à la longue, on perd tout.

243. Ce n’est pas une tâche facile.

 la bonté n’est pas faiblesse, mais vraie force capable de renoncer à la vengeance ».

La vraie victoire

244 la vraie réconciliation, loin de fuir le conflit, se réalise plutôt dans le conflit, en le dépassant par le dialogue et la négociation transparente, sincère et patiente. La lutte entre divers secteurs, « si elle renonce aux actes d’hostilité et à la haine mutuelle, se change peu à peu en une légitime discussion d’intérêts, fondée sur la recherche de la justice »

 

La mémoire

246. On ne doit pas exiger une sorte de “pardon social”

La réconciliation est un fait personnel, et personne ne peut l’imposer à l’ensemble d’une société, même si elle doit être promue.

Qui peut s’arroger le droit de pardonner au nom des autres

Dans tous les cas, ce qui ne doit jamais être proposé, c’est l’oubli.

247. On ,ne doit pas oublier la Shoa 

. Donne-nous la grâce d’avoir honte de ce que, comme hommes, nous avons été capables de faire,. Jamais plus, Seigneur, jamais plus ! ».

248. On ne doit pas oublier les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki.

 On ne doit pas oublier les persécutions, le trafic d’esclaves et les massacres ethniques qui se sont produits,. Nous devons toujours nous en souvenir, sans relâche, inlassablement, sans nous laisser anesthésier.

 249.. Non, pour l’amour de Dieu ! On ne progresse jamais sans mémoire, on n’évolue pas sans une mémoire complète et lumineuse.

 je ne me réfère pas uniquement à la mémoire des horreurs, mais aussi au souvenir de ceux qui, dans un contexte malsain et corrompu, ont été capables de retrouver la dignité et, par de petits ou grands gestes, ont fait le choix de la solidarité, du pardon, de la fraternité. Il est très sain de faire mémoire du bien.

 250. Le pardon n’implique pas l’oubli.

251. Ceux qui pardonnent en vérité n’oublient pas, mais renoncent à être possédés par cette même force destructrice dont ils ont été victimes. Ils brisent le cercle vicieux, ralentissent les progrès des forces de destruction.

. La vengeance ne résout rien.

 252. Cependant, nous ne parlons pas d’impunité.

. Le pardon, c’est précisément ce qui permet de rechercher la justice sans tomber dans le cercle vicieux de la vengeance, ni dans l’injustice de l’oubli.

253.. Les évêques de Croatie ont dit : « Nous devons à toutes les victimes innocentes le même respect. Il ne peut ici y avoir de différences raciales, confessionnelles, nationales ou politiques

La guerre et la peine de mort

Tous, on doit poursuivre inlassablement l’effort pour éviter la guerre entre les nations et les peuples.

  À cette fin, la Charte des Nations Unies,est une  vraie norme juridique fondamentale ».

 Je voudrais souligner que les soixante-quinze ans des Nations Unies et l’expérience des vingt premières années de ce millénaire montrent que la pleine application des normes internationales est réellement efficace et que leur violation est nuisible.

 258.. De fait, ces dernières décennies, toutes les guerres ont été prétendument “justifiées”.

 Le problème, c’est que depuis le développement des armes nucléaires, chimiques ou biologiques, , la guerre a acquis un pouvoir destructif incontrôlé qui affecte beaucoup de victimes civiles innocentes.

Nous ne pouvons donc plus penser à la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l’utilité hypothétique qu’on lui attribue.

.261. Toute guerre laisse le monde pire que dans l’état où elle l’a trouvé. La guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité,

 

La peine de mort

263. la peine de mort est inadmissible  et l’Église s’engage résolument à proposer qu’elle soit abolie dans le monde entier.

 266, des peines,  doivent être comprises comme faisant partie d’un processus de guérison et de réinsertion dans la société.

 268. « Les arguments contraires à la peine de mort sont nombreux et bien connus.

 comme la possibilité de l’existence de l’erreur judiciaire et l’usage qu’en font les régimes totalitaires et dictatoriaux qui l’utilisent comme instrument de suppression de la dissidence politique ou de persécution des minorités religieuses et culturelles, 

 

Fratelli Tutti : encyclique du pape Francois ; Les religions ( chapitre 8 )

18 octobre, 2020

Les religions au service de la fraternité dans le monde

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271. Comme l’ont enseigné les évêques de l’Inde, « l’objectif du dialogue est d’établir l’amitié, la paix, l’harmonie et de partager des valeurs ainsi que des expériences morales et spirituelles dans un esprit de vérité et d’amour ».[

Le fondement ultime

La racine du totalitarisme moderne est  dans la négation de la dignité transcendante de la personne humaine, qui est une  image visible du Dieu invisible

 274. rendre Dieu présent est un bien  Chercher Dieu d’un cœur sincère, à condition de ne pas l’utiliser à nos intérêts idéologiques ou d’ordre pratique, nous aide à nous reconnaître comme des compagnons de route, vraiment frères.

 lorqu’ au nom d’une idéologie, on veut expulser Dieu de la société, on finit par adorer des idoles, et bien vite

 l’homme s’égare lui-même, sa dignité est piétinée, ses droits violés.

 275. « parmi les causes les plus importantes de la crise du monde moderne se trouvent une conscience humaine anesthésiée et l’éloignement des valeurs religieuses, ainsi que la prépondérance de l’individualisme et des philosophies matérialistes

 Les textes religieux classiques peuvent offrir une signification pour toutes les époques, et ont une force de motivation » mais de fait « ils sont dépréciés par l’étroitesse d’esprit des rationalismes ».

 276. C’est pour cela que, même l’Église  ne peut ni ne doit […] rester à l’écart » dans la construction d’un monde meilleur, ni cesser de « réveiller les forces spirituelles » qui fécondent toute la vie sociale.

  Elle favorise « la promotion de l’homme et de la fraternité universelle ». Elle n’entend pas revendiquer des pouvoirs temporels mais s’offrir comme « une famille parmi les familles, – c’est cela, l’Église – ouverte pour témoigner au monde d’aujourd’hui de la foi, de l’espérance et de l’amour envers le Seigneur et envers ceux qu’il aime avec prédilection. Une maison avec les portes ouvertes.

L’identité chrétienne

Sans la musique de l’Évangile cesse de vibrer dans nos entrailles, nous aurons perdu la joie qui jaillit de la compassion, la tendresse qui naît de la confiance,

la capacité de la réconciliation qui trouve sa source dans le fait de se savoir toujours pardonnés et envoyés

. Si la musique de l’Évangile cesse de retentir dans nos maisons, sur nos places, sur nos lieux de travail, dans la politique et dans l’économie, nous aurons éteint la mélodie qui nous pousse à lutter pour la dignité de tout homme et de toute femme ». 

 D’autres s’abreuvent à d’autres sources. Pour nous, cette source de dignité humaine et de fraternité se trouve dans l’Évangile de Jésus-Christ. C’est de là que surgit « pour la pensée chrétienne et pour l’action de l’Église le primat donné à la relation, à la rencontre avec le mystère sacré de l’autre, à la communion universelle avec l’humanité tout entière comme vocation de tous ». 

278. Appelée à s’incarner en tout lieu et présente pendant des siècles partout sur la terre – c’est le sens de “catholique” – l’Église peut comprendre, à partir de son expérience de grâce et de péché, la beauté de l’invitation à l’amour universel. Car

« tout ce qui est humain nous regarde. […]

 Pour de nombreux chrétiens, ce chemin de fraternité a aussi une Mère, appelée Marie. Elle a reçu au pied de la Croix cette maternité universelle (cf. Jn 19, 26)

Forte du pouvoir du Ressuscité, elle veut enfanter un monde nouveau où nous serons tous frères, où il y aura de la place pour chacun des exclus de nos sociétés, où resplendiront la justice et la paix.

 279. Nous, chrétiens, nous demandons la liberté dans les pays où nous sommes minoritaires, comme nous la favorisons pour ceux qui ne sont pas chrétiens là où ils sont en minorité.

 C’est la liberté religieuse pour les croyants de toutes les religions. Cette liberté affirme que nous pouvons « trouver un bon accord entre cultures et religions différentes ; elle témoigne que les choses que nous avons en commun sont si nombreuses et si importantes qu’il est possible de trouver une voie de cohabitation sereine, ordonnée et pacifique, dans l’accueil des différences et dans la joie d’être frères parce que enfants d’un unique Dieu ».

 « Que tous soient un » (Jn 17, 21).

Religion et violence

l’amour de Dieu est le même pour chaque personne, quelle que soit sa religion. Et si elle est athée, c’est le même amour.

282. Aussi, « les croyants ont besoin de trouver des espaces où discuter et agir ensemble pour le bien commun et la promotion des plus pauvres.

».[ En tant que croyants, nous nous trouvons face au défi de retourner à nos sources pour nous concentrer sur l’essentiel : l’adoration de Dieu et l’amour du prochain,

La vérité, c’est que la violence ne trouve pas de fondement dans les convictions religieuses fondamentales, mais dans leurs déformations.

 En réalité, « celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour » (1Jn 4, 8). C’est pourquoi « le terrorisme détestable  n’est pas dû à la religion.. mais est dû à l’accumulation d’interprétations erronées des textes religieux, aux politiques de faim, de pauvreté, d’injustice, d’oppression, d’arrogance ;

 il est nécessaire d’interrompre le soutien aux mouvements terroristes par la fourniture d’argent, d’armes, ..ainsi que par la couverture médiatique,

et de considérer tout cela comme des crimes internationaux qui menacent la sécurité et la paix mondiale.

On doit collaborer, construire et dialoguer, pardonner et grandir, en permettant à l’ensemble des diverses voix de former un chant noble et harmonieux, au lieu de hurlements fanatiques de haine ».

. Chacun de nous est appelé à être un artisan de paix, qui unit au lieu de diviser, qui étouffe la haine au lieu de l’entretenir, qui ouvre des chemins de dialogue au lieu d’élever de nouveaux murs ».

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